ESPAGNE: Des coopératives pour affronter la crise
• Des citoyens s’organisent face à la crise en créant des coopératives qui répondent aux aspirations des citoyens. Sport, fêtes, paniers bio, mais aussi maison de retraite, énergie renouvelable : rien de tel que de s’associer entre particuliers à l’heure où les services publics sont en retrait.

C’est en janvier 2011, après l’avoir remporté, qu’ils ont véritablement lancé leur projet : transformer les locaux en un espace dynamique, ouvert à toute proposition qui puisse rendre service à la population. Maintenant, même des fêtes et des anniversaires y sont organisés. Les coopératives prennent en charge une partie des fonctions sociales dont l’Etat-providence ne peut plus s’occuper à cause de la crise.
Et les domaines concernés sont de plus en plus nombreux : santé, assistance aux personnes dépendantes et handicapées, services financiers, enseignement, énergies renouvelables, activités culturelles, agriculture… “A l’origine de ces initiatives, on trouve une coopération entre les habitants qui n’attendent pas que les administrations publiques résolvent les problèmes, préférant trouver une solution par leurs propres moyens”, analyse Iñigo Bandrés, qui travaille pour le Réseau d’économie sociale et alternative (Reas). Ana Isabel Ceballo, présidente de l’Union espagnole des coopératives de consommateurs et d’usagers (UNCCUE), poursuit : “Après la guerre civile [1936-1939], de nombreux villages qui n’avaient pas l’électricité ou l’eau courante ont créé des coopératives. Aujourd’hui, ce modèle peut aider à faire face aux coupes budgétaires qu’opèrent les gouvernements dans les services sociaux.”
Une maison de retraite sur mesure
Le centre Servimayor est né pour fournir un service que les pouvoirs publics n’étaient pas à même de procurer : une maison de retraite qui semblait nécessaire au village de Losar de la Vera, 3 200 habitants (dans la province de Cáceres, dans l’ouest du pays). Santiago Cañadas, qui avait alors 74 ans, a eu l’idée de s’associer avec l’un de ses voisins pour construire cette résidence. “On souhaitait avoir un endroit correct où aller lorsqu’il devient impossible d’être autonome. Les résidences privées ne nous plaisent pas, car là-bas l’argent compte plus que les personnes. C’est pour ça que nous avons pensé à un autre modèle”, explique Santiago Cañadas.
L’idée était de ne pas dépendre de l’administration ni des enfants, et de pouvoir accéder à cette maison au prix de revient une fois réglé l’investissement initial. Servimayor a ouvert ses portes en 2010 et compte 124 chambres. Le centre comporte un jardin potager, et un physiothérapeute et un coiffeur viennent plusieurs fois par semaine. La résidence a 150 associés, dont 90 ne sont pas à la retraite.
Francisco Martín, par exemple, a 57 ans : comme lui, d’autres personnes peuvent céder leur place à leurs parents ou décider de la remettre sur le marché.
Selon Félix Martín, secrétaire général de la Confédération espagnole des coopératives de consommateurs et d’usagers (Hispacoop), ce type de structures comble certes un vide laissé par l’affaiblissement de l’Etat-providence, mais elles représentent aussi un bon moyen de lancer une entreprise en temps de crise. “C’est plus naturel et plus solide, car il y a des associés. Ainsi, les risques s’en trouvent réduits”, assure-t-il.
Moins de risques, plus de social
Les coopératives bénéficient de quelques avantages fiscaux. Toutefois, la formule ne trouve pas un appui suffisant de la part des pouvoirs publics, selon des experts. “Il n’y a pas d’aides ni de politiques en faveur de l’économie sociale ou des coopératives”, affirme Iñigo Bandrés. De nombreuses structures dédiées à la gestion des services publics voient une grande partie des subventions qui les alimentent continuer de chuter.
Malgré tout, les coopératives résistent mieux aux coups infligés par la crise que d’autres types d’entreprises.